Alimentation et cancer du sein – Interview avec Pr. Fadila Kouhen

1- Peut-on confirmer le lien entre l’alimentation et le cancer du sein ?
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme au niveau mondial comme au Maroc, où on estimait selon le registre du grand Casablanca, en 2012, à 4839 le nombre de nouveaux cas, soit 20% de tous les cancers enregistrés chez les deux sexes et 35,8% des cas enregistrés chez les femmes. Il s’agit d’une maladie chronique multifactorielle dans lesquelles interviennent des facteurs génétiques, hormonaux, biologiques et environnementaux. Ces derniers, sont la cause de près de 30% des cas diagnostiqués dont 20% sont attribuables à l’alimentation.
Il faut savoir que l’alimentation riche en sucre et en graisse dont les apports sont supérieurs aux dépenses énergétiques favoriserait le stockage et l’apparition progressive d’une obésité avec ses conséquences hormonales, dont l’hyper-estrogène qui influence l’expression des altérations génétiques dans des tissus hormono-dépendants comme le sein. En revanche, une alimentation saine permettrait de prévenir la survenue du cancer et éviter les récidives, d’armer l’organisme pour mieux se défendre face au cancer, de mieux supporter les traitements administrés (chimiothérapie, radiothérapie, …etc) et de compenser les dépenses de l’organisme liées à la lutte contre la maladie.

2- Quelles sont les habitudes alimentaires à adopter pour prévenir le cancer du sein ?
S’il n’existe pas d’aliments “anticancer”, certains peuvent diminuer le risque de survenue de la maladie, ou au contraire l’augmenter. Un régime de type méditerranéen (riche en fruits, légumes, bonnes matières grasses) est préférable à un de type nord-américain (plus riche en sucres et en graisses saturées).
Il est recommandé d’adopter une alimentation riche fibres (au moins un féculant complet par jour) et en fruits et légumes en consommant au moins 5 portions (150 g minimum) de légumes et de fruits variés par jour, tout en limitant la consommation des viandes rouges, des charcuteries et des produits sucrés.

3- Quel lien entre l’obésité et le cancer du sein ?
L’obésité est un facteur de risque pour l’ensemble des cancers, plus particulièrement pour les cancers de l’œsophage, du pancréas, du colon et du rectum, du sein (chez la femme ménopausée), et du rein.
L’obésité provoque des modifications du tissu adipeux, une inflammation chronique et s’accompagne souvent de troubles métaboliques, hormonaux, qui peuvent à leur tour augmenter le risque de cancer. En revanche, dans une étude récente publiée dans le Journal of the National Cancer Institute, des chercheurs ont évalué l’impact d’une perte de poids durable sur le risque de cancer du sein chez des femmes après la cinquantaine. Les chercheurs ont trouvé une relation linéaire entre une perte de poids stable et la diminution du risque de cancer du sein notamment chez les femmes qui n’ont jamais pris un traitement hormonal substitutif.
En effet, une perte de poids comprise entre 2 et 4,5 kg était liée à un risque de cancer du sein diminué de 13% (par rapport aux femmes dont le poids est resté stable). Celles qui ont perdu encore plus de poids voyaient ce risque diminuer de manière plus importante : 16% de risque en moins chez celles qui ont perdu jusqu’à 9 kg et 26% chez celles qui ont perdu plus de 9 kg. Ces résultats sont expliqués par le fait que la perte de poids permet de diminuer les niveaux sanguins d’hormones sexuelles.
De plus, la perte de poids s’accompagne généralement par un mode de vie plus sain : une meilleure alimentation et une activité physique régulière. Tous ces paramètres contribuent à réduire le risque de cancer du sein.

4- Pensez-vous qu’un régime alimentaire adapté pourrait prévenir le risque de récidive chez les patientes « guéries » ?
La question de l’alimentation après un cancer du sein est une préoccupation majeure pour de nombreuses femmes à l’issue du traitement adjuvant.
Chez les femmes traitées pour un cancer du sein, la prise de poids au décours du traitement (chimiothérapie ou hormonothérapie) est fréquente. Elle concerne près d’une patiente sur deux. Elle est en moyenne de 3 kg, dépasse 5 kg pour un tiers des patientes et persiste dans le temps.
La question de l’impact de la prise de poids sur le risque de récidive reste ouverte, et les données sont contradictoires. Cependant, le débat a récemment rebondi à la suite de la publication d’une série de plus de 18000 patientes chez qui une prise de poids supérieure à 10 % du poids initial est associée à une augmentation significative du risque de rechute (+ 14%) . Cette augmentation n’est pas retrouvée en cas de prise de poids inférieure à 10 %.
Une autre étude a démontré, suite au suivi de 500 000 femmes durant une moyenne de seize ans, que la mortalité liée au cancer du sein augmentait selon l’IMC. Ceci a été confirmé également par une méta-analyse de 43 études sur la question avec une augmentation du risque de 33% pour les survies globales et spécifiques. Cette altération du pronostic était vraie tant pour les patientes pré-ménopausées (rapport de risque que celles post-ménopausées). C’est pourquoi, il est important d’inciter les patientes à maintenir leurs poids pendant et après le traitement.
Il est important de noter que ces recommandations ne doivent en aucun cas remplacer les traitements médicaux contre le cancer. L’alimentation représente une arme de plus contre le cancer, et non la seule arme contre cette maladie.

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Université Mohammed VI des Sciences de la Santé
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